Conférence du désarmement - Intervention du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères M. Jean-Yves Le Drian - 24/02/2020 [en]

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères M. Jean-Yves Le Drian s’est exprimé devant la Conférence du Désarmement le 24 février 2020.

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Monsieur le Président,
Madame la Secrétaire générale,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

C’est, pour moi, un très grand honneur de m’exprimer aujourd’hui à la Conférence du désarmement. Car, au fil des années, la Conférence a su édicter des normes et négocier des traités qui ont renforcé notre sécurité collective et la stabilité de notre environnement stratégique.

Je mesure aussi la responsabilité qui est la mienne en m’adressant à vous, car ce que la Conférence a construit, comme d’ailleurs ce qu’elle incarne, est aujourd’hui remis en cause.

Remis en cause, d’abord, par ceux qui ne respectent pas les instruments que nous avons négociés ici-même. Et je pense notamment, dans un passé récent, aux violations caractérisées de la Convention sur les armes chimiques.

Remis en cause, aussi, par ceux qui refusent de s’engager vraiment dans la négociation des nouvelles normes qui doivent nous permettre de contrer le retour d’une course aux armements conventionnels ou nucléaires.

Et permettez-moi de prendre un exemple. Il est aujourd’hui urgent de définir collectivement les voies et moyens d’encadrer les risques d’incidents, d’actes délibérés, voire d’actes hostiles dans l’espace extra-atmosphérique. Pourtant, sur ce sujet stratégique majeur qui engage notre sécurité collective, nous ne sommes pas encore parvenus à nous retrouver autour d’un agenda pragmatique conjuguant mesures de confiance et de transparence et négociation juridique.

Les Etats qui ont compris qu’il est dans leur intérêt de pouvoir compter sur des règles protectrices et stabilisatrices – c’est-à-dire, en fait, l’immense majorité des Etats – ne sauraient accepter d’être les seuls à respecter nos règles communes et se satisfaire de ces manquements, de ces blocages et, pour dire le fond de ma pensée, de se satisfaire de cette crise du désarmement, qui est l’une des plus préoccupantes manifestations de la crise du système multilatéral, de la systématisation des rapports de forces et de l’intensification de la compétition internationale qui caractérisent notre époque.

Pour la France, la Conférence du désarmement demeure une enceinte incontournable. C’est pourquoi j’ai tenu à saisir cette occasion de venir devant vous aujourd’hui pour vous dire, concrètement, ce que peut être, selon nous, un désarmement responsable qui serve la stabilité internationale.

Et j’insiste sur ce mot : « responsable ». Car il ne faut jamais perdre de vue une évidence : si le désarmement a pour fin notre sécurité collective, il ne saurait se faire sans prise en compte des intérêts de sécurité de ceux qui le mettent effectivement en œuvre.

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C’est particulièrement vrai s’agissant du désarmement nucléaire, qui se construit peu à peu sur la base du principe de sécurité non diminuée pour tous.

La vision de la France sur cette question a été exposée de manière très claire par le Président de la République dans le discours sur la stratégie de défense et de dissuasion de notre pays qu’il a prononcé le 7 février dernier.

C’est cette vision que la France défendra dans quelques semaines à la Conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires.

La vision que nous défendons est fondée en fait sur trois piliers.

1) D’abord, le respect strict de la norme centrale que constitue le Traité de non-prolifération nucléaire, que nous appelons tous les Etats à mettre en œuvre.

C’est pourquoi nous sommes particulièrement vigilants face aux risques de crises de prolifération, qui constituent autant de menaces existentielles pour l’intégrité du TNP. Nous poursuivons ainsi nos efforts pour préserver le JCPoA et obtenir de l’Iran qu’il revienne en conformité avec cet accord. Nos efforts pour parvenir au démantèlement complet, vérifiable et irréversible des programmes nucléaire et balistique de la Corée du Nord sont dans le même esprit.

2) Le deuxième pilier de notre approche, c’est l’approfondissement du travail normatif que nous menons dans cette enceinte et sur lequel à mon sens il est urgent d’accélérer.

D’abord avec la négociation, ici-même, d’un Traité d’Interdiction de Production de Matières Fissiles à usage militaire (FMCT). Vous avez récemment eu l’occasion de visiter nos installations de Pierrelatte et Marcoule que nous avons démantelées de façon irréversible et vous savez donc que, sur ce sujet, la France estime avoir montré la voie.

Deuxièmement, avec l’universalisation du Traité d’Interdiction Complet des Essais (TICE), négocié avec succès par la Conférence – je tiens à le rappeler.

Troisième élément, avec de nouveaux échanges sur la vérification du désarmement nucléaire, pour garantir que tout accord de désarmement soit vérifié de façon robuste. C’est le sens du deuxième pilier de notre approche pour l’approfondissement normatif.

3) Enfin, troisième pilier, il faut conduire des travaux concrets pour la réduction des risques stratégiques et pour le renforcement de la confiance et de la transparence sur les arsenaux et les doctrines et stratégies nucléaires des Etats dotés du P5.

Je n’ignore pas la qualité des discussions qui ont lieu à Genève sur ce sujet et je veux en saluer la cheville ouvrière : l’UNIDIR [Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement], dont nous célébrons les 40 ans d’activité cette année.

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Nous sommes également convaincus de l’importance de définir un nouvel agenda pour la maîtrise des armements. Un agenda dans lequel la France souhaite s’engager et encourage ses partenaires européens à s’engager à ses côtés.

C’est indispensable. A la fois pour sauvegarder les instruments existants, avec le renouvellement que nous souhaitons du traité New Start qui lie les Etats-Unis et la Russie. Et pour nous doter d’instruments nouveaux, suite à l’effondrement du Traité FNI et du Traité sur les Forces conventionnelles en Europe.

Dans le domaine, justement, des armes conventionnelles, d’importants travaux se poursuivent au sein du groupe gouvernemental d’experts sur les Systèmes d’Armes Létaux Autonomes. Nous devons travailler à les renforcer. Car, une fois posées les bases d’un accord international sur ce sujet, des inquiétudes sont apparues que les réalités stratégiques actuelles ne justifient en rien. Il faut désormais que chaque pays cherche, sans attendre, à mettre en œuvre, au niveau national, les onze principes qui ont été agréés dans ce cadre. Avec l’Allemagne, nous plaiderons pour que des engagements politiques précis soient pris lors de la Conférence d’examen de 2021 de la Convention sur certaines armes classiques.

Et je n’oublie pas la question des armes explosives dans les conflits urbains. Il faut que nous définissions une voie permettant un partage accru de bonnes pratiques en matière d’application du droit international dans la conduite de nos opérations. C’est ce que doit viser la déclaration politique qui est actuellement en négociation ici, à Genève.

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Mesdames et Messieurs,
Mesdames et Messieurs, je veux, pour conclure, vous redire le plein soutien de la France à la Conférence du désarmement et saluer le travail de tous les experts de la communauté du désarmement, dont je sais l’engagement sincère et exigeant sur ces questions d’importance vitale.

Je vous remercie de votre attention.

publié le 26/02/2020

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