Conférence du désarmement - Intervention en séance plénière de M. Yann Hwang, Ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de la Conférence du désarmement relative au discours « stratégie de défense et de dissuasion » du Président de la République - 21/02/2020 [en]

Intervention en séance plénière de M. Yann HWANG, Ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de la Conférence du désarmement
Déclaration à la Conférence du désarmement relative au discours « stratégie de défense et de dissuasion » du Président de la République
(Genève, 21 février 2020)

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Monsieur le Président,

Je souhaiterais vous dire quelques mots du discours prononcé le 7 février par le Président de la République française en sa qualité de chef des armées sur la « stratégie de défense et de dissuasion ». Le Président a présenté son analyse de la situation de sécurité internationale et sa réflexion sur les fondamentaux de la stratégie de défense et dissuasion française.

En cela, le Président s’inscrit dans une pratique constante des chefs d’Etats français depuis 1958. En effet, à chaque mandat les présidents prononcent (au moins) une grande allocution publique sur la dissuasion française. Ce discours-ci contient néanmoins une innovation : c’est un discours axé plus largement sur la stratégie de défense, qui replace l’outil de défense français – dont la dissuasion – dans le contexte d’un monde en profonde rupture, caractérisé par la remise en cause des équilibres politiques, stratégiques et économiques, par le retour de puissances au comportement décomplexé, par la déconstruction progressive de l’architecture internationale de sécurité et du multilatéralisme. L’ambition européenne du Président s’y affirme dans un appel à l’Europe à ne pas être spectatrice de ce nouvel environnement stratégique, mais à reprendre la maîtrise de son destin. Il appelle de ces vœux une Europe qui soit force de proposition au service de la paix et de la refondation de l’ordre mondial, en investissant à nouveau dans sa défense et en faisant entendre sa voix sur la maîtrise des armements.

Le Président de la République, soucieux de respecter le devoir de transparence qui revient à la France au titre de son statut d’Etat doté au sens du TNP, a rappelé la stratégie de dissuasion de la France. Celle-ci est encadrée par une doctrine strictement défensive, claire et prévisible. Le rôle de la dissuasion est circonscrit aux circonstances extrêmes de légitime défense. Les armes nucléaires ne doivent pas être conçues comme des outils d’intimidation, de coercition ou de déstabilisation. Elles doivent rester des instruments de dissuasion à des fins d’empêchement de la guerre.

Le Président de la République a aussi rappelé les priorités que défend la France en matière de désarmement. La feuille de route pour le désarmement dressée par le Président comprend plusieurs éléments qui intéressent particulièrement notre Conférence :

-  Le respect du TNP et la préservation de sa primauté ;
-  Le lancement à la CD de la négociation d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles pour les armes ;
-  La préservation et l’universalisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires ;
-  La poursuite des travaux sur la vérification du désarmement nucléaire, que nous portons notamment avec l’Allemagne ;
-  Enfin, le lancement de travaux concrets pour la réduction des risques stratégiques.

Inquiet de l’érosion des grands instruments de maîtrise des armements, le Président de la République s’est inquiété de la déconstruction de l’architecture de sécurité en Europe, et du risque d’une « reprise d’une course aux armements conventionnels, voire nucléaires, sur notre sol ». Il a donc rappelé son souhait que les Européens proposent ensemble un agenda international de maîtrise des armements, s’investissent pour comprendre à nouveau les dynamiques d’escalade et chercher à les prévenir ou les empêcher par des normes claires et vérifiables. Suite à l’effondrement du traité FNI en particulier, le Président de la République souhaite que des discussions élargies soient enclenchées, dans lesquelles l’Europe fasse entendre sa voix et s’assure que ses intérêts soient bien pris en compte, dans une négociation sur un nouvel instrument à même d’assurer la stabilité stratégique sur le continent européen. Au-delà, il a aussi rappelé notre souhait que le traité New Start soit prolongé au-delà de 2021.

Enfin, le Président a proposé une approche éthique de la dissuasion nucléaire française. Une démocratie comme la France ne peut éluder une réflexion sur cette question, qui vient nourrir un débat juridique et stratégique déjà ancien. Mais cette discussion ne peut faire l’économie d’une analyse lucide de l’environnement stratégique, au risque de conduire à des choix déstabilisants pour l’architecture de sécurité internationale. Comme l’a dit le président, « le désarmement ne peut être en soi un objectif : il doit d’abord améliorer les conditions de la sécurité internationale ». Aussi la France refuse-t-elle un désarmement unilatéral qui l’exposerait, elle et ses partenaires, à la violence et au chantage ; un désarmement unilatéral qui, de surcroît, n’aurait aucun effet d’entrainement sur les autres puissances nucléaires. La priorité doit être l’établissement d’une doctrine nucléaire transparente et responsable qui limite l’usage de l’arme nucléaire à la seule prévention de la guerre. C’est pourquoi le Président a réaffirmé l’importance du dialogue engagé au sein du P5 sur le renforcement de la confiance et de la transparence sur les arsenaux et les stratégies nucléaires de chacun.

J’ajouterais en conclusion que le discours du Président de la république, hasard fortuit de calendrier, est venu clore avec succès la séquence « transparence » organisée par la France à laquelle certains d’entre vous ont pu participer, composée du séminaire de présentation de notre rapport national TNP et de la visite aux anciennes installations de Pierrelatte et Marcoule. Il réaffirme ainsi avec force l’ensemble de nos engagements au titre du TNP, ainsi que l’exercice de transparence auquel nous nous sommes livrés sur notre doctrine et notre posture nucléaire.

Je vous remercie.

publié le 25/02/2020

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