Intervention au nom de la France de l’Ambassadeur Yann Hwang à la Conférence du désarmement (Genève, 30 juin 2020)

Intervention au nom de la France de l’Ambassadeur Yann Hwang, Représentant permanent de la France auprès de la Conférence du désarmement
(Genève, 30 juin 2020)

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Monsieur le Président,

Permettez-moi de dire quelques mots en complément de la déclaration de l’UE, sur laquelle ma délégation s’aligne pleinement.

Je me réjouis que la CD puisse se réunir aujourd’hui en dépit des circonstances un peu particulières. Je saisis cette occasion pour vous marquer tout mon soutien dans votre rôle de présidence de la CD. Je souhaiterais souhaiter la bienvenue aux nouveaux ambassadeurs de l’Argentine, de la Tunisie et de la Corée du Sud.

Nous traversons une période très spéciale, empreinte de paradoxes. D’une part, la crise du COVID-19 a considérablement freiné l’activité dans notre secteur, empêché tout dialogue soutenu, induit le report voire l’annulation de réunions importantes ; d’autre part, la menace continue que représente la prolifération des armes de destruction massive, les développements récents intervenus sur la scène internationale, le regain de tensions, impactent notre sécurité collective, rendant le dialogue d’autant plus important.

Nous le savons, la crise du désarmement préexiste au COVID-19. Mais les débats autour du COVID-19 et de ses conséquences laissent planer le risque de tensions durablement accrues.
Nous ne devons pas laisser la crise actuelle impacter encore plus profondément le système multilatéral, caractérisé par la systématisation des rapports de forces et l’intensification de la compétition internationale.

Au contraire, nous devons renouer avec un multilatéralisme du désarmement efficace et responsable. Efficace, c’est-à-dire inclusif. Responsable, c’est-à-dire qui serve effectivement la sécurité et la stabilité internationales, en prenant en compte les intérêts de sécurité de tous et en particulier de ceux qui respectent et appliquent les normes collectives.

Ceci passe par une régénération de la CD. Pour la France, la Conférence du désarmement demeure une enceinte incontournable. Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères est venu le rappeler le 24 février dernier.

La CD a su produire des traités essentiels pour la stabilité stratégique. C’est là le cœur de son mandat. Il n’a malheureusement pas été possible de s’accorder en début d’année sur un programme de travail, en dépit des efforts intenses entrepris par le P6. Cette année, pas plus que les années précédentes. Nous déplorons ce blocage durable de la conférence, même si cela n’ôte pas son intérêt à la CD. Aujourd’hui plus que jamais, il est de notre responsabilité collective de faire le meilleur usage de la CD comme enceinte privilégiée de dialogue sur les enjeux de désarmement, en évitant toute politisation. Pendant cette pause forcée, nous avons réalisé à quel point l’absence de dialogue manquait cruellement et qu’un système multilatéral sans la CD serait bancal.

Le maintien d’un dialogue stratégique solide nous permettra de contrer le retour d’une course aux armements conventionnels ou nucléaires. Un tel dialogue contribuera aussi à nous rapprocher des conditions permettant une reprise des négociations, conformément au mandat de la CD.

C’est pourquoi nous saluons la reprise des réunions de la CD, afin de prendre la mesure des développements récents et donner à chacun l’opportunité de faire entendre sa voix.

Il nous paraît essentiel que la CD génère des discussions approfondies, en lien avec les 4 sujets principaux à son ordre du jour. En particulier, nous encourageons les présidences actuelles et à venir, dans la continuité de la présidence australienne, à favoriser des échanges sur les thèmes suivants :

- Le désarmement nucléaire en lien avec la réduction des risques stratégiques - La France appelle régulièrement, y compris par la voix du Président de la République dans son discours du 7 février dernier, les autres États dotés à présenter publiquement, comme elle le fait elle-même, les fondamentaux de leur doctrine nucléaire et à poursuivre le dialogue sur les doctrines engagé au sein du P5 entre la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Russie et la Chine. Cet effort contribue à accroître la transparence et la confiance mutuelle entre eux et il est donc essentiel pour préserver notre sécurité collective et réduire les risques stratégiques ;
- En matière de désarmement nucléaire, vous savez toute la priorité que mon pays attache à la négociation sans plus tarder d’un traité interdisant la production de matières fissiles pour les armes, sur la base du document CD 12/99 et du mandat qu’il contient.

- La sécurité spatiale. Ce sujet stratégique majeur engage notre sécurité collective, et nous ne sommes pourtant pas encore parvenus à nous retrouver autour d’un agenda commun pragmatique, qui permette d’améliorer concrètement la sécurité de tous. Les menaces spatiales vont croissantes et avec elles les risques d’incompréhensions, de perceptions erronées et de mauvais calculs. Certains comportements affectent durablement l’environnement spatial en créant intentionnellement de multiples débris à longue durée de vie. Il devient donc urgent de réduire ces menaces et ces risques et de définir ensemble des normes de comportements responsables dans l’espace.

Je vous remercie./.

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CD national declaration France English Version
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publié le 10/07/2020

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