Conférence du désarmement - Intervention de l’Ambassadeur Yann Hwang (Genève, 13 août 2020)

Intervention au nom de la France de l’Ambassadeur Yann Hwang
Représentant permanent de la France auprès de la Conférence du désarmement
Genève, 13 août 2020

Monsieur le Président,

Permettez-moi de saluer votre accession à la présidence de la Conférence du désarmement, ainsi que vos efforts ayant conduit à la réunion ce jour.

Cette session ne correspond certes pas aux attentes de nombre d’Etats membres. Nous aurions pour notre part préféré consacrer cette session à des discussions thématiques approfondies en lien avec l’ordre du jour de la CD. Dans un monde idéal, nous aurions préféré mettre en œuvre le programme de travail agréé en début d’année. Mais force est de constater que la CD est la seule enceinte de désarmement qui se réunisse en cette période de ralentissement drastique de notre calendrier multilatéral du désarmement, et cela est déjà en soi une bonne nouvelle.

A cet égard, nous avons pris note des informations récemment circulées aux Etats membres par le secrétariat de la CD relatives à l’état des finances de la conférence. Nous sommes surpris face à l’annonce selon laquelle le budget restant pour 2020 ne permettrait de financer au mieux que 4 réunions hybrides de 2 heures. Ces annonces ne sont étayées d’aucune explication tangible ou chiffrée.

Nous souhaitons par conséquent que la Présidence et le P6 demandent au secrétariat de la CD, en lien avec l’UNOG, de préparer un état des lieux précis de la situation financière de la CD, comprenant le détail du budget global de la CD, des dépenses engagées, des économies réalisées et des prévisions pour cette année. Nous sommes en droit d’exiger une transparence accrue sur les comptes de la CD et, comme l’a indiqué mon collègue des Pays-Bas précédemment, le fait accompli ne saurait être acceptable.

Alors que déjà la 3ème partie de la CD pour cette année touche à sa fin, permettez-moi à présent de prendre un peu de hauteur et de vous livrer quelques considérations pour l’horizon 2021 de la CD.

L’année 2021 s’ouvrira par un évènement phare et très attendu, la conférence d’examen du TNP, dont nous espérons qu’elle puisse se tenir dans les meilleures conditions possibles compte-tenu du contexte sanitaire. Le TNP, pilier du régime de non-prolifération, sert notre sécurité collective et l’enjeu central sera de réaffirmer son autorité et sa primauté. A l’occasion du 50ème anniversaire de son entrée en vigueur, nous devons reconnaitre que ce traité est un succès indéniable. Le TNP est le traité le plus universel au monde. Il est le seul traité à permettre de prévenir la guerre nucléaire tout en apportant à chacun les bénéfices des usages pacifiques de l’énergie nucléaire.

Alors que la menace posée par la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs s’est amplifiée depuis la dernière Conférence d’examen du TNP, il importe d’œuvrer à la protection et au renforcement du régime de non-prolifération et à la préservation du TNP qui est sa pierre angulaire.

La France s’y emploiera en suivant la feuille de route suivante, en application de l’article VI du TNP :

-  En défendant la logique d’un désarmement qui serve la sécurité et la stabilité mondiale. La France a à cet égard un bilan unique au monde, conforme à ses responsabilités comme à ses intérêts, ayant démantelé de façon irréversible sa composante nucléaire terrestre, ses installations d’essais nucléaires, ses installations de production de matières fissiles pour les armes, et réduit la taille de son arsenal, aujourd’hui inférieure à 300 armes nucléaires. Toutes ces décisions sont cohérentes avec notre refus de toute course aux armements et le maintien du format de notre dissuasion nucléaire à un niveau de stricte suffisance.

Ce bilan exemplaire donne à la France la légitimité pour exiger des gestes concrets en direction d’un désarmement global, progressif, crédible et vérifiable.

-  La France continue de plaider pour le lancement sans plus tarder à la CD de la négociation d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles pour les armes, sur la base du document CD 1299 et du mandat qu’il contient, ainsi que la préservation et l’universalisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires ;

-  Nous poursuivrons les travaux sur la vérification du désarmement nucléaire dans les enceintes pertinentes et continuerons notre coopération notamment avec l’Allemagne, avec laquelle nous avons conduit un exercice de terrain inédit ;

-  Nous chercherons à lancer des travaux concrets pour la réduction des risques stratégiques, car l’escalade non contrôlée d’un conflit local en guerre majeure est l’un des scénarios les plus préoccupants aujourd’hui, qu’une série de mesures simples et de bon sens pourrait efficacement conjurer ;

-  Dans le même temps la France poursuivra ses efforts visant à l’élaboration d’un agenda international de maîtrise des armements dans lequel les Européens doivent faire entendre leur voix. La fin du traité sur les forces nucléaires intermédiaires, les incertitudes sur l’avenir du traité New Start, la crise du régime de maîtrise des armes conventionnelles en Europe laissent entrevoir d’ici 2021 la possibilité d’une pure compétition militaire et nucléaire, sans contraintes, comme nous n’en avons plus connu depuis la fin des années 1960. A cet égard, il est essentiel que le traité New Start soit prolongé au-delà de 2021 et que des discussions soient engagées, après la disparition du traité FNI, sur un instrument à même d’assurer la stabilité stratégique sur le continent européen ;

-  La France prendra enfin toute sa part dans la relance du processus P5, pour approfondir la mise en œuvre de la feuille de route agréée, notamment sur les échanges de doctrines et la réduction des risques stratégiques. Cette discussion devra viser à renforcer la stabilité entre Etats dotés et à réduire les risques d’escalade involontaire en cas de conflit.

Je vous remercie./.

publié le 14/09/2020

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