Renseignement déclassifié : Attaque chimique conduite par le régime syrien

Ce document est constitué de renseignements déclassifiés issus des sources propres françaises. Il repose également sur l’analyse technique approfondie des sources ouvertes réalisée par nos services. Il reprend enfin certains éléments complémentaires recueillis dans le cadre de coopérations avec nos principaux partenaires.

Un emploi massif et coordonné d’agents chimiques contre la population civile le 21 août


Sur la base d’une analyse technique méthodique de 47 vidéos originales des événements du 21 août, un premier décompte, quartier par quartier, du nombre des victimes a été réalisé. Au vu de ce seul échantillon de vidéos, ont été recensés au moins 281 décès, localisés dans la Ghouta Est (quartiers d’Ain Tarma, de Douma, d’Erbin, de Jobar, de Kfar Batna, de Qas Alaa, de Zamalka) et Ouest (quartier de Mudamiyat Sham).

Nos renseignements propres confirment que, dans l’hôpital de Douma, la moitié des victimes sont des femmes et des enfants et que dans 50% des cas, la mort est immédiate. Les médecins déduisent qu’une forte concentration de toxique a donc été employée.

D’autres évaluations indépendantes, par exemple effectuées par Médecins sans Frontières, font état d’au moins 355 morts. Plusieurs décomptes techniques, selon différentes sources, évaluent le bilan à environ 1500 morts. Les travaux réalisés par nos experts, consistant à modéliser l’impact d’une attaque chimique sur les populations des sites cités, sont cohérents avec ce nombre.

Outre le fait que les victimes ne portent pas de blessures corporelles, les symptômes agoniques sont pour l’essentiel des convulsions généralisées, nausées, vomissements, myosis, hypersécrétion de salive, dyspnée, étouffement, perte de connaissance, signes cliniques cohérents avec une intoxication aux agents chimiques. Des cas avérés de contaminations croisées des personnels soignants ont été rapportés de plusieurs sources.

L’observation de nombreux enfants en bas âge souffrant de symptômes violents (convulsions notamment), sur huit sites différents, porte à conclure qu’une mise en scène ou une manipulation de la part de l’opposition sont très peu probables.

Ces constats, de même que la multiplicité des sources vidéos et des témoignages, excluent toute possibilité de falsification par celle-ci. L’afflux massif de patients dans un temps très court dans différents hôpitaux, le nombre de victimes et leur provenance de plusieurs sites distincts, confortés par les analyses de l’ensemble des informations en notre disposition, sont caractéristiques des effets d’une attaque au moyen d’agents chimiques de forte létalité ; ils confirment qu’une attaque massive et coordonnée a été conduite dans la nuit du 21 août 2013.

L’attaque du 21 août ne peut avoir été ordonnée et conduite que par le régime

L’attaque combinée du 21 août répond à un schéma tactique classique (préparation d’artillerie, puis offensive terrestre) et l’emploi d’agents chimiques s’est intégré dans une manœuvre tactique cohérente, au plan militaire, avec la doctrine d’emploi des forces syriennes. Des renseignements crédibles de plusieurs partenaires font état de préparatifs spécifiques les jours précédents le 21 août.

Des bombardements conventionnels aériens et à l’artillerie ont eu lieu entre trois heures et quatre heures du matin sur la Ghouta Est. En parallèle, les localités de Zamalka, Kafr Batna et Ayn Tarma ont été touchées par des attaques chimiques. A six heures du matin, une offensive terrestre du régime a été lancée sur ces localités.

Plusieurs sources font état d’utilisation de roquettes d’artillerie, différentes de celles du stock de munitions le plus connu (missiles et bombes). Nos analyses techniques confirment que les restes de roquettes observés à cette occasion, comme lors de certains précédents ponctuels, se prêtent à l’emploi d’agents chimiques.

Le régime a ensuite conduit des frappes terrestres et aériennes importantes sur les zones des attaques. Il s’est attaché à retarder l’arrivée des inspecteurs pendant plusieurs jours. Ces éléments confirment une claire volonté de destruction des preuves a posteriori. De plus, des militaires ont déclenché des incendies, qui visaient vraisemblablement à purifier l’atmosphère grâce au mouvement d’air généré.

Nos renseignements confirment que le régime redoutait une attaque d’ampleur de l’opposition sur Damas dans cette période. Notre évaluation est que le régime a cherché par cette attaque à desserrer l’étau et à sécuriser des sites stratégiques pour le contrôle de la capitale. A titre d’exemple, le quartier de Moadamiyé est localisé à proximité de l’aéroport militaire de Mezzeh, emprise des services de renseignement de l’Armée de l’Air.

Au demeurant, il est clair, à l’étude des points d’application de l’attaque, que nul autre que le régime ne pouvait s’en prendre ainsi à des positions stratégiques pour l’opposition.

Nous estimons enfin que l’opposition syrienne n’a pas les capacités de conduire une opération d’une telle ampleur avec des agents chimiques. Aucun groupe appartenant à l’insurrection syrienne ne détient, à ce stade, la capacité de stocker et d’utiliser ces agents, a fortiori dans une proportion similaire à celle employée dans la nuit du 21 août 2013 à Damas. Ces groupes n’ont ni l’expérience ni le savoir-faire pour les mettre en œuvre, en particulier par des vecteurs tels que ceux utilisés lors de l’attaque du 21 août.

Synthèse nationale de renseignement déclassifié - Programme chimique syrien - Cas d’emploi passés d’agents chimiques par le régime Attaque chimique conduite par le régime le 21 août 2013

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National executive summary of declassified intelligence - Assessment of Syria’s chemical weapons warfare- Cases of previous use of chemical agents by the Syrian regime, chemical attack launched by the regime on August 21st

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publié le 09/09/2013

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