Tribune conjointe du Ministre des affaires étrangères et européennes, Mr Bernard Kouchner, et du ministre des affaires étrangères du Royaume de Norvège, Mr Jonas Gahr Stoere, dans le quotidien "Libération"

Aujourd’hui à Oslo, avec plus de cent Etats, nous signerons la Convention d’interdiction des armes à sous-munitions. C’est un pas important dans la lutte contre l’inacceptable souffrance des populations civiles lorsque le recours à la force militaire s’avère, hélas, inéluctable. Ces armes frappent à l’aveugle. Les sous-munitions peuvent exploser des semaines, des mois, des années après la fin du conflit. Chaque jour des innocents sont tués ou grièvement blessés. La population civile est ainsi prise dans un double piège : victime des violences et de l’horreur pendant le conflit, elle vit, après la guerre, dans la terreur de ces armes qui tuent par surprise.

Cette situation est inacceptable. En 1997, les mines antipersonnel ont été interdites par la Convention d’Ottawa, à l’issue d’un processus conduit par des Etats, la société civile, l’Organisation des Nations unies et le Comité international de la Croix Rouge. Désormais, la Convention d’Ottawa est inscrite dans le droit humanitaire international. 156 Etats l’ont déjà ratifiée et nous appelons ceux qui ne l’ont pas encore ratifiée à le faire. Nul ne peut plus ignorer que ces armes ont des conséquences disproportionnées et injustifiées par rapport aux objectifs militaires auxquels elles étaient censées répondre. Les conséquences des armes à sous-munitions, utilisées depuis 1943, sont particulièrement dramatiques dans vingt-six Etats, pour la plupart des pays pauvres. Les restes non explosés des armes à sous-munitions compromettent l’agriculture et le développement économique, empêchent le retour des réfugiés et mettent en danger la vie des populations civiles pendant plusieurs décennies. Et quand les infrastructures de santé sont insuffisantes, quand les ressources manquent, l’assistance aux victimes et leur prise en charge sont d’autant plus difficiles à garantir.

C’est pour cette raison qu’une coalition regroupant des Etats, la société civile, l’ONU et le CICR a décidé d’élaborer un nouvel instrument international, visant à interdire la production, le transfert, l’emploi et le stockage d’armes à sous-munitions, et à venir en aide aux victimes. A l’automne 2006, la Norvège a lancé le Processus d’Oslo qui a débouché, à Dublin en mai, sur la Convention sur les armes à sous-munitions. Celle-ci interdit tous les types d’armes à sous-munitions qui ont été utilisées à ce jour. Le texte oblige également les Etats parties à détruire les quantités considérables d’armes stockées, garantissant ainsi qu’elles ne seront pas utilisées dans de futurs conflits. La Convention prévoit des mesures d’aide et d’assistance aux zones touchées et aux victimes isolées, à leurs familles et aux communautés dont elles font partie.

La France et la Norvège avaient déjà joué un rôle actif dans l’élaboration de la Convention sur les mines antipersonnel. Elles ont à nouveau été en première ligne dans l’élaboration de la nouvelle Convention sur les armes à sous-munitions. Dans l’un et l’autre cas, l’engagement de la société civile a été décisif pour attirer l’attention sur ces questions. Mais c’est aux Etats qu’il appartient de négocier et de mettre en oeuvre les accords internationaux contraignants. Décidés à faire de cette Convention une norme universelle, nous appelons tous les Etats à la signer, y compris ceux qui produisent et utilisent encore des armes à sous-munitions. Et s’ils ne sont pas prêts à la signer, qu’ils prennent au moins des engagements similaires. Car rien ne peut justifier qu’on empêche les populations civiles de retrouver une vie normale, une fois la guerre terminée. Il faut en finir avec l’angoisse, la terreur, la souffrance qui continuent à les frapper après que les combats ont cessé. Il est temps que les armes à sous-munitions cessent de briser des vies pendant des décennies./.

publié le 20/09/2012

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